psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale.
LA DIFFÉRENCE INTERDITE
Aux éditions Flammarion 1998
Page 64 et 65
- Lorsque le père donne des soins nourriciers à l’enfant il le fait en tant que père et non pas comme mère. Sa façon de parler au bébé, de le porter et de le toucher est différente et l’enfant le sait bien.
- Les enfants ont besoin de la présence physique du père, de jouer, de s’affronter et de se mesurer corporellement avec lui. Cet échange affectif avec le père, plus vigoureux qu’avec la mère, permet aux enfants de trouver de la confiance en eux-mêmes.
- A trop vouloir souligner uniquement la fonction symbolique, on finit par désincarner le père en négligeant l’importance de sa présence corporelle : car c’est bien dans un enracinement physique que la symbolique paternelle peut se déployer. Cette présence paternelle permet à l’enfant de s’unifier psychologiquement et lui donne le sens des limites et de l’autorité.
- L’univers de la mère et de l’enfant fonctionne comme un monde clos et autosuffisant. Le père vient rappeler que la mère ne se confond pas avec l’enfant, que celui-ci n’appartient pas à la mère et que l’inceste, sous toute ses formes, est interdit. Le père vient détacher l’enfant de sa mère et donne l’enfant à lui même en le rendant libre.
- Absence de père = trouble de la sexualité, perversion, toxicomanie, sadisme, violence juvénile.
> Père = réalité.
> Mère = fantasme.
- Vers 10 mois, le père apparaît comme un autre pôle à partir duquel il va pouvoir affirmer son autonomie. Le père est ainsi le garant de l’autonomie psychique de l’enfant et de son ouverture sur le monde extérieur, car il est étranger à la relation mère-enfant.
- Le père inscrit donc l’enfant dans la filiation en le détachant du seul vis-à-vis d’avec sa mère, qui risque de former une relation du même au semblable en deçà du parental.
- Le père est aussi celui qui dit non à l’enfant comme à la mère, qu’il limite afin de laisser un espace entre elle et l’enfant. Il intervient pour faire sortir l’enfant du lien fusionnel qui le lie à sa mère.
- Déjà par sa seule présence, il introduit de la négativité et nomme l’interdit, c’est à dire la limite à partir de laquelle la vie devient possible. Le rôle de la fonction paternelle donne son fondement à la loi symbolique de la famille et situe l’enfant à sa place, alors qu’il aurait tendance à s’identifier à la toute puissance maternelle imaginée : maman peut tout puisqu’elle donne la vie !
- Ces quelques observations montrent le rôle essentiel et nécessaire de la fonction paternelle.
- C’est la reconnaissance de la fonction du père qui permet d’avoir le sens de l’éducation.