Il est également l’auteur de L’Enfant porté (seuil 1982) de Parier sur l’enfant (seuil 1988) de L’Enfant bien portant (Seuil 1997) et de Une place pour le père (Seuil 1985).
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- De l’importance de la fonction maternelle : [ ... ] Cela ne doit pas vouloir dire que le modèle universel de la relation à l’enfant doive être le modèle maternel ! C’est un des modèles, particulier et important certes, mais il n’a aucune raison de primer sur les autres. Si l’on n’en convient pas d’emblée, on risque de sombrer dans la confusion qui gagne, depuis quelques décennies, le comportement de l’ensemble des parents de nos sociétés.
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- Une mère est toujours étonnée quand on lui explique que son enfant est perturbé par les craintes, parfois infondées, qu’elle a sur son état. Sa réponse est touchante de naïveté quand elle proteste de sa prudence : " Mais je ne lui ai rien dit !" Il lui est difficile en effet de concevoir que son enfant puisse être à ce point au fait de ses pensées les plus secrètes. On peut imaginer à partir de là, la façon dont l’enfant percevra son père si sa mère entretient à ce dernier, comme il arrive parfois et plus souvent que cela ne le devrait, une relation de révolte ou de désaveu.
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- C’est avant, bien longtemps cette étape, et les impasses auxquelles elle risque d’aboutir, que la fonction maternelle doit rencontrer une limite qui puisse préserver l’enfant. [...] Si bien qu’il faut offrir à l’enfant le recours de la limite rudimentaire que les premiers humanoïdes ont inventée pour lui : ce père dont la fonction, qui à toujours été une nécessité, peut encore le rester ou disparaître complètement comme telle. Parce qu’elle est en principe tenue de faire obstacle aux effets potentiellement ravageurs d’une fonction maternelle débridée, la fonction du père use naturellement d’une violence à la mesure de l’objectif qu’elle poursuit. Elle s’avère d’essence positive, salvatrice et génératrice de progrès pour l’enfant et en raison même de la violence qui la sous-tend et non pas du fait que les pères peuvent se montrer attentifs, aimants, et tendres avec leur progéniture. Et ce n’est pas parce que nous serons conduits à nous appesantir principalement sur l’indispensable note répressive de son comportement que nous considérerions l’affection d’un père malvenue ou incompatible avec son rôle. Ce qui rend cette fonction moins facile à saisir dans ses implications et encore plus difficile à cerner dans son étendue.
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- Elle (la fonction paternelle) doit en principe parvenir à ce que la mère ne puisse pratiquement jamais rien faire avec son enfant sans se demander si elle n’outrepasse pas son rôle et si elle est digne de la confiance dont l’a investie l’autre auteur de ce même enfant.
- N’oublions pas que la propension incestueuse maternelle est d’une violence redoutable et qu’elle peut aller, aujourd’hui, jusqu’à ouvrir la voie à une forme vivable d’autarcie. Une mère avec son inscription dans le monde du travail, n’est plus en effet, comme elle l’était jadis, à la traîne d’un homme. Elle a la faculté et les moyens d’assumer, en tous points et seule, la responsabilité entière et le devenir de son enfant. En quoi, dans pareil cas, l’enfant serait-il également celui de l’homme avec lequel elle l’a conçu ?
Nous savons combien et comment ce cas de figure est en train de prendre de l’extension. Le cantonnement du père à un rôle d’approbateur de seconde zone est devenu monnaie courante depuis quelques décennies. Il a d’ailleurs ouvert la voie aux familles monoparentales et à la multiplication des divorces.
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Si une mère se livre inconsidérément au plaisir de son autarcie, elle peut exclure définitivement de la suite des événements l’homme avec lequel elle avait passé un contrat. Au mépris des lourdes conséquences de son acte [ ... ] Un père en revanche ne peut jamais parvenir à de telles extrémités en raison du lien biologique qu’il lui est impossible d’ignorer et encore moins d’effacer.
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- Doit on en conclure que la fonction paternelle, rejetée aujourd’hui comme telle dans son essence par une mère qui refuse tout mode de pression exercée sur elle, risque de ne plus pouvoir freiner les méfaits potentiels de sa fonction ? C’est un débat plus grave qu’on ne pourrait le soupçonner.
- L’inscription des femmes dans le monde du travail et leur accès plus généralisé à une parole enfin audible leur permettraient de mieux saisir ces notions complexes et d’établir avec leur partenaire une communication plus ouverte ainsi qu’une relation plus responsable.
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- La tâche du père : [ ... ] Il doit parvenir à interdire aux enfants tout commerce sexuel (y compris sous la forme des multitudes d’équivalents qu’on a vus) avec leur mère, et tout commerce de même nature de la mère avec ses enfants. C’est seulement à ce titre qu’il peut se prévaloir d’être le garant de la loi à laquelle il signifie être lui même soumis. Il est donc censé imposer cette loi à la mère comme aux enfants pour revendiquer, sans laisser de place à la contestation, le statut de censure et de référence ultime. A partir de là, sa fonction s’étend à tous les registres : c’est à lui que se trouve dévolu le contrôle de l’octroi et de l’obtention du plaisir dont il peut, à son gré, faire reporter la satisfaction immédiate. Censurant rigoureusement la propension maternelle à répondre sans délai au besoin de l’enfant, il fait émerger chez ce dernier la perception salutaire du manque [ être "manquant" c’est être cestus c’est à dire le contraire de incestus ] et la notion de demande, autrement dit, pour l’enfant, la conscience possible de lui même et la marque la plus pure de son désir. Il lui rappelle à chaque fois qu’il est vivant, en chair et en os, et que les parois utérines extensibles à l’infini qu’il croit sentir autour de lui sont illusoires, et n’existent que par l’effet de l’imaginaire maternel. Il lui intime implicitement l’ordre d’habiter ce monde qui l’accueille dans l’état où il se trouve et avec le corps qui est le sien.
- La fonction paternelle privilégie l’ouverture, le mouvement vers le dehors, l’assomption de l’expulsion et l’affrontement à la réalité extérieure. Elle prépare l’enfant à la violence du monde dans lequel il sera amené à vivre plus tard. Elle dit non à l’enfermement trompeur, desséchant et stérile. Elle dit non au retour en arrière et elle contraint à avancer. Elle est le doigt pointé qui chasse l’enfant dans la direction opposée de celle du corps de sa mère à qui elle interdit, de la main ouverte et dressée, de tenter de le récupérer. Contrepoint absolu de la fonction maternelle, elle ne se dresse pas seulement contre elle, elle entend fermement en avoir raison. A cet égard et dans la perspective de l’avenir à long terme de l’enfant, j’ai professé qu’elle était pour lui un "dû" destiné à lui faciliter la gestion de l’acquis laissé sur son corps sous forme de trace par sa mère.
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- Une des caractéristique majeure et passée sous silence de la fonction paternelle, est qu’en tous lieux et en toutes circonstances, elle exige d’être soutenue par un environnement sous peine de produire des situations ingérables.[ ... ] Si le corps social l’abandonne et décide de le laisser affronter seul la propension incestueuse maternelle, il le réduit à l’impuissance, ouvrant la voie à une violence qui débordera largement le cadre strict de la famille.
- Or c’est à l’installation, toujours difficile et ingrate, de cette autorité (l’autorité paternelle) que les parents auront à veiller dès le plus petit âge de l’enfant dans l’exercice de leurs rôles respectifs.
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- Peut on comprendre dès lors la nécessité impérative de l’intervention précoce du père ?